Nicolas Mathieu : « Avec mon cousin, on rit tout le temps, même aux obsèques »

Le prix Goncourt 2018 évoque un souvenir qu’il chérit comme un trésor. Alors enfant, la simple blague d’un cousin s’est transformée en une amitié pour la vie.

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« Je devais avoir 8 ou 9 ans quand nous sommes allés rendre visite à ma grand-mère avec mes parents. Elle vivait seule dans un petit appartement, mais ses dix enfants venaient la voir assez régulièrement. Quand nous sommes arrivés, il y avait chez elle un autre garçon, un peu plus âgé que moi, et sa mère. C’était mon cousin. Il me paraissait très grand, beaucoup plus vieux que moi. Je ne l’avais jamais vu. J’étais à la fois fasciné et inquiet. Quand on est petit, se faire un copain, c’est l’essentiel de l’existence.

Comme on était de trop dans la cuisine, les adultes qui prenaient le café nous on dit d’aller voir ailleurs. On s’est retrouvé dans le petit salon, où trônait la télévision à tube cathodique, une petite pièce confortable décorée de napperons, avec une gondole en coquillages et la grande photo de famille où figurait ma grand-mère, assise en majesté parmi ses dix enfants. On n’avait ni jeux ni jouets. Je ne me souviens plus de tous les détails. Mais de la joie, je m’en souviens.

Mon cousin s’est mis à raconter toutes sortes d’histoires, d’aventures, de trucs qui lui étaient arrivés, en inventant une bonne part je suppose et c’était si drôle que c’est devenu comme une ivresse. Je n’avais jamais autant ri de toute ma vie. Je me souviens qu’il m’a raconté tout un film de kung-fu, dans lequel un type traversait mille péripéties et venait à bout d’innombrables ennemis. Et à la fin, on le voyait tondre sa pelouse. Et là, crise cardiaque, le mec canait dans son jardin. Cette chute était si inattendue, les mots pour la dire tellement marrants que je me roulais par terre, littéralement.

À partir de là, je n’ai plus eu qu’une idée en tête : revoir le cousin. Quarante ans plus tard, nous en sommes encore là. Nous avons perdu des cheveux, pris du poids, nous avons eu à notre tour des enfants qui s’imaginent être cousins et nous appellent tonton. Chaque fois qu’on se voit, on rit. On rit tellement que la descente est parfois difficile, derrière. On rit même aux obsèques, même quand il n’y a pas de quoi. C’est le mec le plus drôle que je connaisse. Il est mon frère, et ma joie. »

Interview de Nicolas Mathieu par Juliette Delage

Illustration de Séverine Scaglia


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